La société coopérative agricole qui réunit les caves de Rabastens, Técou, Fronton et des Côtes d’Olt voit son activité progresser rapidement grâce à un positionnement très ambitieux. Elle mise sur l’export, l’innovation et le lancement de produits de rupture.

Symbole d’une réussite spectaculaire, Vinovalie est devenu, en moins de dix ans, un des acteurs majeurs de la filière viticole en Midi-Pyrénées. Un positionnement qu’il doit à une refonte de ses produits et à unmarketing agressif, et qu’il n’est pas prêt d’abandonner compte tenu de ses projets de développement. Le groupement de coopératives réunit les caves de Rabastens et de Técou dans le Tarn, celle de Fronton enHaute-Garonne et celle des Côtes d’Olt dans le Lot. «L’ensemble représente 450 vignerons, 4 000 ha de vignes, emploie 156 salariés et réalise 46 M€ de chiffre d’affaires », détaille Jacques Tranier, directeur général de Vinovalie. Le groupement exploite également sous différentes formes plusieurs châteaux et domaines dans le Frontonnais, l’appellation Cahors et le Gaillacois. Cette politique d’expansion se poursuit puisque pour développer son « sourcing », Vinovalie vient d’acquérir deux domaines viticoles, ex-propriétés du groupe languedocien Val d’Orbieu-Uccoar, le château Candastre (106ha sur l’appellation Gaillac) et le château Marguerite (70ha sur l’appellation Fronton). L’ambition de Vinovalie, dans le cadre de son plan stratégique 2025, est en effet d’atteindre les 5000ha de vignes. « D’autres domaines sont encore dans les tuyaux », assure Jacques Tranier, qui prévoit de nouvelles annonces d’ici le début de l’année prochaine, portant sur deux à trois au tres châteaux et domaines.

UN INVESTISSEMENT DE 15 M€

Le groupement, qui a vu ses ventes progresser très fortement ces dernières années – Vinovalie réalisait 30 M€ de CA en 2009 –, est aujourd’hui trop à l’étroit sur son site de Brens dans le Tarn. « Nous sommes obligés d’investir dans un nouveau site d’embouteillage », explique le DG de Vinovalie, qui a choisi la zone des Portes du Tarn, à Saint-Sulpice, toujours dans le Tarn, pour installer le nouveau bâtiment. L’investissement, d’un montant de 15 M€ a minima, permettra de recentrer l’activité (aujourd’hui le groupement opère sur trois sites d’embouteillage) et de traiter les 18 millions de bouteilles produites chaque année. Le projet se double d’un volet oenotouristique. «Nous voulons faire entrer le visiteur dans l’imaginaire du vin, développe Jacques Tranier. Il effectuera une promenade à l’extérieur et à l’intérieur du site qui lui racontera qui nous sommes. » Le directeur général espère accueillir de l’ordre de 30000 personnes par an dans ses nouvelles installations qui s’étendront sur près de 11 000 m2. Alors que le permis de construire a été déposé fin septembre, le dirigeant de Vinovalie compte voir les travaux débuter au printemps prochain et « s’y installer fin 2016 ».

DOUBLER LA PART DE L’EXPORT D’ICI 10 ANS

« Nous avons de très fortes ambitions », appuie Jacques Tranier qui entend voir grimper le chiffre d’affaires du groupement à 47 M€ dès l’an prochain et à 50 M€ assez rapidement. Une progression attendue sur l’ensemble des segments de marché sur lesquels s’est positionné le groupe. « Sur le segment des CHR (café hôtel restauration, qui représente de l’ordre de 15% des ventes), nos vins correspondent parfaitement à la demande, assure-t-il. Nous avons enregistré l’an dernier dans ce secteur une progression de 15%. » Vinovalie réalise la moitié (49%) de son chiffre d’affaires en grande distribution, 8% en vente directe aux particuliers et 14% en vrac. L’export, qui représente 14 % son chiffre d’affaires, est l’autre axe de développement important, avec une croissance de 5 % l’an dernier – le poids de l’export est passé en cinq ans de 2 à 6 M€. Le groupement coopératif, qui exporte vers l’Amérique du Nord, la Grande-Bretagne, les Pays Bas, la Belgique, l’Allemagne et le Japon, veut intensifier ses ventes, notamment vers les USA avec l’implantation très récemment d’une représentation commerciale sur place. Vinovalie, qui possède également une implantation physique à Shanghai depuis sept ans, espère voir doubler la part de ses exportations dans son chiffre d’affaires, soit 30%, d’ici 10 ans. Pour parvenir à de tels résultats, Jacques Tranier mise également sur le lancement de nouveaux produits destinés à toucher des publics très divers. «Nous faisons aussi du vin pour ceux qui déclarent ne pas aimer le vin», explique le directeur général qui se plaît à «casser les codes». La société coopérative, qui a lancé il y a près de 10 ans son premier rosé Piscine, «pour répondre aux nouveaux modes de consommation des jeunes », vient de sortir une version à bulle, le Freezente, qui donne déjà « de bons résultats ». À l’autre bout du spectre, il lance aussi dans la catégorie super pretium un nouveau vin pour enrichir sa gamme Virtuose en grande surface, l’équivalent de l’Astrolabe distribué en CHR. Le groupe table enfin sur l’innovation pour gagner des parts de marché. « Nous menons des programmes de R & D dans deux grands secteurs, précise- t-il : le domaine des molécules biosourcées pour s’émanciper des produits phytosanitaires et du souffre, et dans le domaine de la mécanisation et de la robotisation pour s’affranchir, cette fois, des travaux pénibles de la vigne ». UNE ALTERNATIVE AU SOUFFRE Retenu dans le cadre de l’appel à projet Epicure du Conseil régional, et porté par Vinovalie, le projet Vinosulfite est le plus prometteur sur le plan des retombées. Il représente pour l’entreprise un effort de R & D de 800 K€ sur deux ans. « L’ambition est d’éviter l’emploi du souffre, qui est un allergène, dans la conservation du vin », détaille Jacques Tranier. Avec ses partenaires scientifiques dont le laboratoire LCA, le groupement a réussi à isoler une molécule biosourcée qui reproduit une partie des qualités du souffre. Des annonces pourraient bientôt suivre. «Nous sommes dans une décennie très prometteuse en termes de solutions alternatives », assure-t-il.

Agnès Bergon

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